Juste une envie de rêver

Loin de l’agitation,
du bruit assourdissant de l’horreur de ce monde trop sérieux, ou trop affreux, je veux retourner sur ton île aux machines.

carnet-breton-nantes-Toni-Fleuter

Nantes,
ouvre moi tes bras,
fais-moi redevenir un enfant pour quelques instants.

carnet-breton-nantes-toni-fleuter-2

Publicités

Trois rues plus loin…

Le parc des Gayeulles.
Il n’y pas de bruit. Rien. La ville n’est pas si loin, et pourtant… Le silence de l’automne, les branches qui s’agitent un peu, les oiseaux qui rêvent peut-être de partir vers des endroits plus chaud, il n’y a pas de bruit. Rien. La ville quand elle se repose, elle ne se tait pas vraiment, alors loin des vagues humaines et des tempêtes de voitures qui défilent dans tous les sens, je viens me cacher. Ici, tout au fond du parc.

Carnet breton 28 - Rennes Gayeulles - Fleuter Toni

Trop loin de la mer

Côte bretonne

Par une belle ballade dominicale, on se retrouve là. Une fois sur place, on s’émerveille, on flâne, on respire cet endroit gigantesque. Et puis il faut bien rentrer. Mais sur le chemin du retour, un manque se fait vite ressentir. Un manque qui va s’accentuer jour après jour. Jusqu’à devenir une obsession.

Il y a le bruit des vagues,
Une présence qui coule dans les veines,
C’est rien mais c’est fort,
le manque d’une odeur.
Les embruns, la fraîcheur,
La présence d’une falaise, un port.
Cette nuit, je le ressens avec peine,
le silence d’une mer qui tangue.

Un p’tit coin d’parapluie

contre un coin de paradis….

En une poignée d’heures, le temps glisse, mes yeux s’agrippent à ce changement barbare, je nage dans mes tongs, il se met à pleuvoir. Les gouttes qui ruissellent sur mon visage signent le retour d’un vieux plaisir à saisir. C’est ici que j’aime nous faire venir. Je tourne la tête vers Cancale qui me regarde, m’accompagne, me pousse aujourd’hui comme toujours sous le délire d’un ciel que j’observe amoureusement et je sais.
Nous sommes debout face à l’horizon brumeux. Marchant sur cette digue, cette ancre gigantesque accrochée à nos amours passés, cette rampe de lancement vers nos rêves à venir, j’ai vu ton sourire caché sous le parapluie. C’était une légère bourrasque, pour une tempête d’émotions.
Cancale - Carnet breton

Ses origines

Après quelques années loin de chez lui, il était de retour. Il observait les traces du temps qui auraient effacé les souvenirs fragiles. Tout semblait l’attendre ici, et il s’était imaginé bien des scénarios. Des esquisses de mémoires gommées, des croquis de craintes. Non, rien n’avait changé. Sur la plage, les yeux imbibés, il était là, marchant avec son bonheur improbable. Celui qui aspire d’innombrables frissons, celui qui depuis longtemps avait disparu de son quotidien.
Il savait qu’il devait revenir, pour ne pas oublier.

La grande marée

Le soleil était encore discret et sur les remparts rayonnait une odeur de grand large. Un instant hors du temps. Comme d’habitude léger, mais calqué sur la vision d’une mer déchainée qui écrasait ses vagues sur la cité corsaire.
Saint-Malo Grande marée - Toni Fleuter
Il était venu admirer le spectacle. C’était une promesse. Derrière le rideau d’embruns qui coulait sur son visage, se cachaient en fait des traces de plaisirs furtifs. Rapidement pris dans un élan d’enthousiasme, il posait un regard rêveur sur cette mer dénudée.
Pour une déclaration.
Doucement, ses yeux glissaient sur elle des envies folles et folles de lui succomber à chaque clapotis, à chaque rouleau… Elle démêlait ses vagues, motivée de désirs sauvages et lançait de toutes ses forces des menaces de vie. Plus elle frappait sur les remparts, plus il disparaissait dans son horizon. Comme dans une histoire de flibustier, elle agitait des ivresses mousseuses et éclaboussait de toute sa grâce les passants, les curieux, les marins et les amoureux. Son eau gelée devait être si chaude. Son visage froid devait être si bouillant. Il avait des tentations, elle avait des caprices et il aimait ça.
Saint-Malo Grande marée - Toni Fleuter

Tentations bretonnes

Ces dernières semaines, la chaleur d’un soleil s’était faite discrète laissant place aux odeurs d’hiver. C’était un temps d’une agréable étrangeté, ressemblant aux esquisses éphémères de l’éclosion d’une fleur après une pluie de mai. Mes paresses s’envolaient à chaque goutte qui s’écrasait sur le pare-brise de la voiture qui me ramenait ce jour-là sur tes terres. Sur chaque trait de couleur de ce coucher de soleil et à chaque soupir, je posais mon regard sur les miettes de mon passé récent et ses doux souvenirs.

Bretagne, terrain de jeu de mes tentations, j’ai cette envie folle de succomber une énième fois à ton prochain printemps, ton nouvel automne, ton futur hiver, tes paysages encore, tes bretons toujours, tes côtes sauvages surtout, tes ports de pêche, tes villages de pierres, tes chemins de légendes, ton impressionnante présence dans les cœurs…
Et sous ton ciel magnifique en cette fin d’après-midi, j’ai compris que tu étais toujours la plus belle vérité de mes ivresses vagabondes.

Coucher de soleil sur la Bretagne